Hoa مع Heya

01 Octobre 2020

Hoa Décrypte | Le viol n'est que la partie visible de l'iceberg

Hoa Décrypte | Le viol n'est que la partie visible de l'iceberg

La sexualité en Tunisie est encore un sujet tabou. On ne l'aborde jamais d'un angle pédagogique, instructif ou simplement par l'angle le plus simple, à savoir le désir que deux êtres peuvent éprouver ensemble lors d'un rapport sexuel. Non, la sexualité c'est hram, c'est dégeulasse et chut il faut arrêter d'en parler, Dieu va se fâcher contre nous et nous envoyer en enfer. Quand on sait qu’un couple non-marié n’a, a priori, pas le droit de réserver une chambre d’hôtel, que le concubinage est interdit par la loi et que la « police des mœurs » crie aux abois à la moindre manifestation d’un signe affectif entre deux personnes de sexe opposé. Doit-on s'étonner de la recrudescence des violences en tout genre faites aux femmes ? Attention, nous ne la justifions pas, nous essayons de décrypter pourquoi chaque jour plus d'un viol est commis dans notre pays. Ce pays qui tolère la prolifération des sites pornographiques tout en tapant sur les doigts des amoureux est-il un pays qui prévient les agressions ?

C’est ce qu’on a essayé de comprendre. Décryptage.

Les violences sous toutes ses formes  

Les violences faites aux femmes peuvent prendre de multiples formes. Quand on pense aux violences, on pense par exemple aux violences conjugales, psychologiques, des agressions verbales. Mais la violence peut être l'harcèlement de rue, les insultes, les regards, les blagues et les attouchements. La société tunisienne bien ancrée dans des normes et des traditions obsolètes rend difficile voire très déplacé de dénoncer une agression.

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Il faut arrêter d'imaginer que les agressions sont perpétrées contre des femmes trop court-vêtues. Les violences faites aux femmes sont multiformes et encore méconnues car les femmes n'osent pas dénoncer. Face à cette pression qui pèse sur les femmes, des mesures sont prises pour faciliter la dénonciation et la dématérialiser. C'est l'ambition du projet Feyza pour l'égalité des chances par l'association TAMSS , qui vient de lancer une plateforme digitale innovante. Kifi-kifek.tn donne la possibilité de dénoncer une agression ou discrimination en ligne. 

On ne peut que se contenter de ces actions spontanées de la société civile, en attendant une mobilisation à l'échelle nationale sur l'apprentissage du respect de l'autre et la prévention des comportements violents et sexistes dès l'école. 

La loi 58 est une chose, l'application en est une autre. 

Si la nouvelle législation de 2017 a pu donner de l'espoir car elle a élargi le cadre des violences faites aux femmes aux violences morales, sexuelles et économiques. Les activistes féministes dénoncent le manque d'application des sanctions. A l'instar de ce député surpris en flagrant délit de harcèlement sexuel sur une lycéenne et qui reste pourtant député. L'indignation est de mise, et non pas seulement de la part des activistes, l'indignation devrait être politique mais il n'en est rien. 

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Les femmes, les féministes et les hommes ! 

 © Facebook Falgatna

Le changement ne peut se faire sans l'intégration des hommes dans la lutte pour l'égalité des sexes. La question fondamentale est celle de l'évolution des mentalités masculines. Nous devons instaurer un débat qui vise une meilleure compréhension entre les genres. Hoa est né suite à cette prise de conscience qu'une société qui prône l'égalité ne peut évoluer sans la collaboration et l'émancipation des hommes. Ce combat,nous anime au quotidien et nous allons le mener ensemble, jusqu'au bout. 

Pour la mémoire de Rahma.

 

Essia Chouikha