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29 Mars 2021

Timbri, bonbon, felsa, plongée dans l'univers des drogues dures en Tunisie

Timbri, bonbon, felsa, plongée dans l'univers des drogues dures en Tunisie
Si les noms sonnent comme des confiseries gourmandes, en réalité il n'en est rien. Se cache derrière ces pseudonymes une réalité moins innocente. LSD, Ecstasy, Cocain, et la liste est encore longue. Dans le “milieu”, on affirme que ça aide à échapper à la dure réalité, à se payer du bon temps et à respirer. Les drogues dures sont une dure réalité en Tunisie dont on parle peu. Bonbon, Timbri, Bostagi, Felsa, Rbo3,Stayer… Tant de mots utilisés pour désigner les substances dangereuses consommées par les jeunes. Une jeunesse désabusée et délaissée qui préfère mettre sa vie en danger au lieu d’endurer cette réalité. Il est clair qu’il ne s’agit aucunement de la meilleure façon de l’affronter. Toutefois, d’une certaine façon, les jeunes ne sont pas les seuls à blâmer. Les drogues dures sont un sujet tabou en Tunisie. En même temps, aucune politique sérieuse d’accompagnement et de lutte contre la consommation n’a été mise en place par les pouvoirs publics. Hoa braque son projecteur sur ce phénomène inquiétant qui sévit notre jeunesse.

 

Entre 2013 et 2017, la consommation d'ecstasy a été multipliée par 7 en Tunisie*

Si ce n’est pas dans les discothèques et les boîtes de nuit, les drogues dures sont consommées dans des soirées plus ou moins clandestines.  Estobrok s’est confiée à Hoa sur le sujet sous couvert d’anonymat, revenant sur l’une des soirées auxquelles elle a assisté il y a peu. “Nous nous étions bien organisés. Nous avions opté pour une maison d’hôtes”, a-t-elle commencé.

Une fois sur place, il y avait de la musique, une ambiance plus ou moins détendue. Les premières bières ont été servies pour détendre encore l’atmosphère. “Pour me mettre dans l'ambiance et parce que l'effet dure longtemps, " Tayacht tembri”. C'est ainsi que la soirée prend une autre tournure, celle d'une détente mi-sympatique, mi-chimique. Les émotions sont exacerbées et l'égo complètement abandonné. Si les effets recherchés par la consommation des psychotropes sont en effet l'apaisement, l'euphorie ou encore l'indifférence à la douleur, la réalité peut être différente. Crise d'angoisse, panique et tentative de suicide sont aussi les conséquences quelques jours après la prise de ces drogues. 

* Rapport mondial 2016 sur la consommation de drogues dans le monde 

 

300 dinars tunisien le gramme de cocaine en Tunisie 

Quelques heures plus tard " rmit rbaya3", le rbaya3 pour les profanes signifie : un quart de comprimé d'ecstasy. L'ecsta agit sur le système nerveux central et a tendance à désinhiber, rendre empathique et limiter la fatigue. Son effet puissant sur le cerveau provoque un état d'euphorie, une sensation de bien-être et une forte résistance à la fatigue, et à la faim. 


 

"Au bout de quelques moment, tu as soif, alors il faut boire, et l'idéal c'est aussi d'avoir un chewingum à coté car la machoire se coince". Notre témoin n'a aucune idée des risques de cette consommation, elle se justifie par rapport à sa consommation ponctuelle et se définit comme étant " ménich toxicomane". 

Pourtant la prise d'ecstasy augmente le rythme cardiaque, ce qui -même avec une consommation exceptionnelle et ponctuelle- peut perturber le bon fonctionnement du coeur et provoquer une fibrillation ventriculaire et un arrêt cardio-vasculaire. 

 

"J’ai, ensuite, enchaîné avec de la C ( cocaine). C'était la troisième fois de ma vie que j’en prenais. C’est très cher : le gramme est à 300 dinars environ. Ça m'a redonné de l’énergie."

 

 

Illustration d'un rail de cocaine, le gramme est vendu à 300 dinars en Tunisie 

Après les premières doses, ça va vite 

"Avec la MDMA, plus connue sous le nom de la drogue de l’Amour, qui a un effet bisounours, combinée à l’ecstasy, tu vas danser, danser non-stop. Tu es obligée de prendre un chewing-gum ensuite ou des sucettes, vu que la mâchoire commence à bouger. Ça crée un effet d’immersion dans le monde de la musique. Tu sens carrément ton corps vibrer au rythme de toute sorte de sonorité”, nous raconte encore Estobrok.

 

Source : Statista 

Après cette extase, vient inévitablement “la descente”. C’est une phase plus ou moins dangereuse et dont l’intensité dépend de la personne et de la quantité de drogues dures consommées. “Tu te sens fatiguée. Je connais une amie qui a vécu une descente plutôt difficile. Elle avait commencé à crier haut et fort. Ça faisait peur. On l’a, par la suite, transportée dans la voiture pour la calmer, mais en vain. Elle a commencé à taper sur tout ce qui l’entourait, notamment les sièges du véhicule. La drogue, d’autre part, peut rendre les gens plus agressifs, et ça concerne surtout les garçons. Certains deviennent “plus dragueurs”, avec des “manières plus agressives”. Ils justifient leurs agissements par la drogue qu’ils ont consommé”, nous explique encore notre interlocutrice.

 

Le traitement folklorique de la question des drogues dures par l'Etat

Les jeunes, en s’adonnant à la consommation des drogues dures, mettent leurs vies en danger. Et comme nous l’avons vu, c’est une manière pour eux d'échapper à la dure réalité du pays. Comment expliquer ce phénomène ? Les causes sont multiples selon Abdessatar Sahbeni, universitaire, écrivain et sociologue, qui s’est confié à Hoa sur le sujet.

 

La ruée de la jeunesse vers les drogues dures - et toutes les autres - s’explique par l’existence des grands réseaux de trafiquants, les lacunes du système éducatif et la défaillance des institutions de l’État. Il a, notamment, évoqué un traitement folklorique de la question des drogues dures par les pouvoirs publics, tout en déplorant l’absence d’un véritable projet de société basé, notamment, sur le vivre-ensemble.

 “Des décideurs complices”

Il existe, poursuit le sociologue, de grands réseaux de trafics de drogues - dures ou douces - qui dépassent le simple consommateur. On trouve, progressivement, le dealer, le grossiste, le baron et, enfin, le circuit international. Pour la Tunisie, il faut s’interroger, selon Abdessatar Sahbeni, sur ce qui a permis l’entrée des drogues. “Il s’avère qu’une partie des institutions nationales est corrompue, car que c’est un marché juteux. Certains décideurs connaissent les vendeurs. C’est comme s’ils avaient conclu une sorte d’accord ensemble”, a-t-il expliqué.

Un système éducatif défaillant

L’autre cause de la prolifération de la drogue en Tunisie est relative à la défaillance du système éducatif. En effet, celui-ci ne présente aucun programme de sensibilisation sur les dangers de ces substances, que ce soit pour les élèves ou pour les parents. “Cette défaillance ouvre la voie non seulement à la consommation de drogues et à l’addiction, mais aussi à toute sorte d’extrémisme", a précisé le sociologue.

La nécessité d’un projet de société au profit d’une jeunesse délaissée

Que faire, dans ce cas, face aux dangers des drogues dures ? Pour le sociologue, la Tunisie a besoin d’institutions fortes. Le traitement de cette problématique ne doit pas uniquement se faire au niveau administratif et sécuritaire. Le sociologue, comme nous l’avons souligné, déplore aussi l’absence d’un projet de société. “La jeunesse doit être au centre de ce projet. C’est elle qui représente l’avenir de la Tunisie. Or, c’est une jeunesse délaissée qui considère, face aux difficultés de la vie, les drogues dures comme une échappatoire. C’est un problème de société par excellence”, a-t-il souligné.

Dans ce même contexte, Abdessatar Sahbeni appelle à la mise en place d'un plan stratégique englobant toutes les autorités concernées. “Nous devons nous poser la question suivante : quel modèle de société voulons-nous créer ? Aujourd’hui, nous vivons dans un désordre destructif, loin du désordre créatif évoqué par l’économiste Joseph Alois Schumpeter  - ou destruction créatrice - ”, a-t-il conclu.

 

Fakhri Khlissa

 

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